Chris Corner est un producteur, compositeur et interprète brillant, nul n'en doute. De Sneaker Pimps, le groupe dont il est le leader, à I AM X, son projet solo, en passant par les Robots in Disguise, l'étrange et lunaire petit Anglais a eu maintes fois l'occasion de démontrer toute l'étendue de son talent, qu'il exerçait, jusqu'à présent, dans une sorte de fusion trip-hop glam electro très orientée eighties. Mais voilà, même les meilleurs ont leurs moments de faiblesse, tout le monde le sait.
D'emblée, la nouvelle avait de quoi surprendre : Chris Corner producteur de la bande originale des Chevaliers du Ciel, dernière production lucbessonienne. Et pourquoi pas Radiohead tant qu'on y est ?! C'est vrai, le mariage de ces deux univers (très underground pour l'un, radicalement populaire pour l'autre) avait tout de l'union de la carpe et du lapin. Mais voilà, la rumeur a reçu confirmation, et après Archive pour la bande originale de Michel Vaillant, Massive Attack pour celle de Danny the Dog, Besson & Co avaient donc réussi à débaucher Chris Corner, l'autre électron libre de l'electro anglaise, pour illustrer le dernier avatar d'une série de films que l'on qualifiera pudiquement de grand public.
Compte tenu des antécédents de Corner, on pouvait légitimement s'attendre à une excellente partition electro pop. Le résultat est étonnant à deux titres. Le premier, c'est que cette BO est très orientée rock. Le second, c'est qu'elle est nulle.
Cette compilation enfile en effet les erreurs de casting. "Attack 61", qui ouvre le disque, et "We Rise", qui lui succède, possèdent toutes deux un son très agressif, avec une batterie martiale largement mise en avant, et une basse saturée que ne renierait pas Muse, lesquels ont visiblement servi de source d'inspiration (cf. "The Clash"). Rien à voir, donc, avec la douceur moite de "Half Life" (1999) ni même la techno glam de "Kiss and Swallow" (2004), même si le tout sonne également très années 80. A tel point que l'on s'attend à tout moment à voir débouler Europe avec son "Final Countdown".
Une nouvelle fois, Corner s'est entouré de ses plus fidèles collaborateurs, et notamment Sue Denim (Robots in Disguise), qui assure les ch½urs sur "We Rise", voire chante seule sur "You're the Conversation" (peut-être le morceau le moins désagréable de cette compile, surtout dans sa version originale), et hurle sur "Gonna Wanna". Mais voilà, cette fois-ci, la mayonnaise ne prend pas : alors que leurs deux voix se mêlent à merveille sur un titre comme "Missile" (2004), ici aucun des titres n'arrive à déclencher l'émotion qui est pourtant la caractéristique principale de Corner. Ni émotion sensorielle, ni émotion sexuelle, rien, encéphalogramme plat, pas le moindre petit poil qui se dresse. A l'image du film, en fait. Même "Girl Talk", qui se rapproche un peu de ce qu'a pu produire Corner dans le passé, ne convainc guère. Un résultat complètement aseptisé, absolument pas mélodieux, sans doute préparé très rapidement, loin des standards de qualité que l'on connaissait de Corner jusqu'alors, et qui devrait (c'est le comble) avoir beaucoup de mal à plaire au grand public, cible marketing pourtant évidente de ce « produit ».
Finalement, les seuls titres à surnager de ce ratage total et à hausser un peu le niveau sont les excellents morceaux de Placebo ("The Crawl") et Ghinzu (le très opportun "Cockpit Inferno"), deux titres que l'on connaît bien par ailleurs puisque non originaux, ainsi qu'un titre de I Monster assez sympathique. Alors voilà, au bout du compte, après Massive Attack et Archive, la seule question que l'on puisse se poser est de savoir pourquoi Chris Corner est allé se fourvoyer dans cette oeuvre de commande, cette entreprise qui ne pouvait objectivement qu'aboutir à un échec. La volonté de toucher un public plus large, au détriment des fans de la première heure ? Le pari est risqué. On espère en tout cas que le prochain Sneaker Pimps, prévu pour janvier ou février 2006, et le prochain I AM X, qui devrait sortir dans la foulée, sauront au contraire éviter le crash.
D'emblée, la nouvelle avait de quoi surprendre : Chris Corner producteur de la bande originale des Chevaliers du Ciel, dernière production lucbessonienne. Et pourquoi pas Radiohead tant qu'on y est ?! C'est vrai, le mariage de ces deux univers (très underground pour l'un, radicalement populaire pour l'autre) avait tout de l'union de la carpe et du lapin. Mais voilà, la rumeur a reçu confirmation, et après Archive pour la bande originale de Michel Vaillant, Massive Attack pour celle de Danny the Dog, Besson & Co avaient donc réussi à débaucher Chris Corner, l'autre électron libre de l'electro anglaise, pour illustrer le dernier avatar d'une série de films que l'on qualifiera pudiquement de grand public.
Compte tenu des antécédents de Corner, on pouvait légitimement s'attendre à une excellente partition electro pop. Le résultat est étonnant à deux titres. Le premier, c'est que cette BO est très orientée rock. Le second, c'est qu'elle est nulle.
Cette compilation enfile en effet les erreurs de casting. "Attack 61", qui ouvre le disque, et "We Rise", qui lui succède, possèdent toutes deux un son très agressif, avec une batterie martiale largement mise en avant, et une basse saturée que ne renierait pas Muse, lesquels ont visiblement servi de source d'inspiration (cf. "The Clash"). Rien à voir, donc, avec la douceur moite de "Half Life" (1999) ni même la techno glam de "Kiss and Swallow" (2004), même si le tout sonne également très années 80. A tel point que l'on s'attend à tout moment à voir débouler Europe avec son "Final Countdown".
Une nouvelle fois, Corner s'est entouré de ses plus fidèles collaborateurs, et notamment Sue Denim (Robots in Disguise), qui assure les ch½urs sur "We Rise", voire chante seule sur "You're the Conversation" (peut-être le morceau le moins désagréable de cette compile, surtout dans sa version originale), et hurle sur "Gonna Wanna". Mais voilà, cette fois-ci, la mayonnaise ne prend pas : alors que leurs deux voix se mêlent à merveille sur un titre comme "Missile" (2004), ici aucun des titres n'arrive à déclencher l'émotion qui est pourtant la caractéristique principale de Corner. Ni émotion sensorielle, ni émotion sexuelle, rien, encéphalogramme plat, pas le moindre petit poil qui se dresse. A l'image du film, en fait. Même "Girl Talk", qui se rapproche un peu de ce qu'a pu produire Corner dans le passé, ne convainc guère. Un résultat complètement aseptisé, absolument pas mélodieux, sans doute préparé très rapidement, loin des standards de qualité que l'on connaissait de Corner jusqu'alors, et qui devrait (c'est le comble) avoir beaucoup de mal à plaire au grand public, cible marketing pourtant évidente de ce « produit ».
Finalement, les seuls titres à surnager de ce ratage total et à hausser un peu le niveau sont les excellents morceaux de Placebo ("The Crawl") et Ghinzu (le très opportun "Cockpit Inferno"), deux titres que l'on connaît bien par ailleurs puisque non originaux, ainsi qu'un titre de I Monster assez sympathique. Alors voilà, au bout du compte, après Massive Attack et Archive, la seule question que l'on puisse se poser est de savoir pourquoi Chris Corner est allé se fourvoyer dans cette oeuvre de commande, cette entreprise qui ne pouvait objectivement qu'aboutir à un échec. La volonté de toucher un public plus large, au détriment des fans de la première heure ? Le pari est risqué. On espère en tout cas que le prochain Sneaker Pimps, prévu pour janvier ou février 2006, et le prochain I AM X, qui devrait sortir dans la foulée, sauront au contraire éviter le crash.
